70 ans de la Peugeot 403 : la Peugeot des traditions
À la sortie de la guerre, Peugeot adopte une culture du mono-produit qui pousse la marque, à chaque nouvelle voiture, à ne pas trop bouleverser les codes établis par l’ancienne. C’est avec prudence et minutie que Peugeot s’attaque au remplacement de la Peugeot 203, qui plaît toujours. En 1955, la Peugeot 403 se révèle avec une ligne plus moderne, offrant une voiture plus accueillante tout en garantissant des solutions techniques éprouvées et fiables. Retour sur son histoire pour ses 70 ans.

La genèse de la Peugeot 403 : évoluer sans révolutionner
C’est en 1950 que l’ingénieur Dufresne, poussé par la direction de Peugeot, commence à édifier les grandes lignes d’une prochaine berline. Ce sera une 8 CV, une voiture moyenne capable d’allier économie, élégance, aérodynamique et rapidité pour répondre aux besoins du plus grand nombre.
Pour habiller cette nouvelle voiture, Peugeot — qui entretient une relation particulière avec Pinin Farina depuis plusieurs décennies — finit par collaborer avec lui pour la 403.
L’objectif n’est pas de révolutionner le genre : on souhaite une voiture élégante, sans chichi.
La modernité provient de sa ligne Ponton, qui englobe les ailes et vieillit inévitablement la 203. Les traits sont fins, lisses et épurés, notamment sur les toutes premières versions dépourvues de clignotants et de baguette chromée.
Cette ligne se retrouvera d’ailleurs, dans d’autres dimensions, sur les Fiat 1400 et Austin A40.

Grâce à cette nouvelle conception stylistique, la Peugeot 403 devient plus habitable. Avec seulement 7 cm de plus en largeur, elle gagne 17 cm d’espace intérieur.
Les surfaces vitrées augmentent également et le pare-brise se bombe — une première sur une Peugeot — pour offrir une meilleure visibilité et un Cx de 0,33.
À l’intérieur, on retrouve une planche de bord soignée, symétrique, qui inaugure un bourrelet antichoc. Une sellerie type drap gris habille les banquettes de cette 5/6 places, et les passagers profitent du toit ouvrant de série sur les premières versions Luxe, une véritable signature de la marque.
Elle est présentée en grande pompe aux concessionnaires et à la presse en avril 1955, au Palais de Chaillot puis au pavillon Dauphine, au bois de Boulogne. Son côté traditionnel apparent, combiné à une évolution bienvenue de certains défauts de la 203, lui vaut un accueil favorable du public lorsqu’elle est dévoilée au Salon de Paris 1955.

Un style nouveau, une technique éprouvée
Pas d’esbroufe, pas de performances délirantes : une Peugeot se doit d’être fiable et robuste pour satisfaire sa clientèle.
Contrairement à la Citroën DS qui innove beaucoup — avec les déboires qu’on lui a connus — la Peugeot 403 s’appuie sur les fondamentaux de la 203 en les améliorant quelque peu.
On retrouve un savant mélange de modernité et de rusticité. La coque en acier autoportante et les roues avant indépendantes entrent en contradiction avec la transmission aux roues arrière avec pont à vis sans fin et les amortisseurs arrière à friction.
Sous le capot, on retrouve le bloc de la 203 avec culasse en Alpax (alliage d’aluminium) réalésé à 1 468 cm³ par augmentation de l’alésage à 80 mm au lieu de 75 mm. Le moteur développe alors 58 ch. Son entretien est aujourd’hui facilité par les pièces mécaniques disponibles sur notre site.
Pour l’arrêter, elle fait confiance aux freins à tambours hydrauliques Lockheed, dont vous pouvez retrouver des pièces détachées sur notre site pour l’entretien.
Un nouvel embrayage plus progressif, dit Dentel, est monté avec une nouvelle boîte de vitesses à 4 rapports synchronisés dont la 4e est surmultipliée, dans la plus pure tradition Peugeot.
Pour rendre une copie presque parfaite et garantir une fiabilité optimale, les prototypes parcourront les routes les plus exigeantes d’Europe.
Forte de cette conception éprouvée, la Peugeot 403 n’évoluera que très peu pendant toute sa carrière.

L’évolution de la Peugeot 403
Une gamme diversifiée
Tout au long de sa vie, la Peugeot 403 va évoluer en douceur. Elle va davantage évoluer sur les finitions que sur le plan mécanique.
Dès 1956, une version moins chère apparaît avec la suppression du toit ouvrant et de l’accoudoir arrière.
Cette même année, la version Luxe voit les quelques défauts relevés par la presse corrigés, comme l’apparition d’un double gicleur de lave-glace, d’un miroir de courtoisie, d’un cerclo avertisseur en chrome, ou encore d’un bouton poussoir pour le démarreur.
En mai 1956, deux nouvelles couleurs viennent s’ajouter au gris, noir et bleu du lancement : le bleu Île-de-France et le vert clair.

En cette fin d’année, la gamme s’étoffe de nouvelles déclinaisons. C’est une tradition pour la marque de multiplier les versions sur un même modèle. Face à la demande toujours soutenue de la Peugeot 203 et au succès naissant de la 403, la gamme complète est retardée pour éviter de rallonger les délais de livraison.
C’est la version la plus désirable et la plus chère (+40 % par rapport à la berline) qui fait son apparition en premier, en septembre 1956 : le cabriolet, qui vise une clientèle qui veut se distinguer sans vouloir une sportive. Sa ligne très élégante, ses couleurs vives, ses sièges cuir et ses phares antibrouillard de série provoquent le coup de foudre.

À l’opposé, la Familiale 7/8 places fait également son apparition avec sa caisse allongée, ses trois rangées de sièges et sa 5e porte très pratique. C’est la voiture idéale pour les familles nombreuses issues du baby-boom. Elle est également proposée en version commerciale, dépouillée, avec seulement deux rangées pour satisfaire les artisans et commerçants. (Découvrir l’histoire des breaks Peugeot)

En octobre, c’est la Peugeot 403 plateau cabine et plateau bâché avec ridelles, qui fera le bonheur des entreprises du bâtiment, qui fait son apparition.
En même temps qu’est présentée cette nouvelle gamme, les clignotants remplacent les flèches de direction et une baguette chromée souligne le pli de tôle latéral.
La gamme Peugeot 403 attaque l’année 1957 avec un vaste choix qui ne changera guère au cours de sa carrière. Sa conception a été si réussie qu’elle n’en a pas besoin.

Des évolutions mesurées
Pour l’année 1957, la boîte de vitesses adopte des rapports rééchelonnés, les essuie-glaces balaient dans un sens parallèle et l’option coupleur électromagnétique Jaeger, qui supprime la pédale d’embrayage, est proposée sur la berline et le cabriolet. Avec un surcoût de 40 000 francs, cette option ne rencontrera pas le succès et sera retirée en 1960.
À partir de 1958, la Peugeot 403 s’exporte vers les États-Unis. Elle se reconnaît à ses flancs blancs et à son rétroviseur extérieur. Distribuée dans l’un des 650 points du réseau Renault américain, elle n’y rencontrera que peu de succès. Après une année 1959 à 11 000 unités, elle retombe en dessous des 10 000 l’année suivante.


Cette même année, la magnifique tête de lion qui trônait sur le capot disparaît à cause d’une évolution du Code de la route, qui prohibe tout objet contondant pouvant blesser les usagers vulnérables. La tête est remplacée par un jonc chromé. La teinte beige fait également son apparition en octobre.
En 1959, la technique évolue légèrement avec un frein à main cranté et une pédale d’accélérateur allongée. Un ventilateur débrayable fait son apparition et permet de gagner de la puissance lorsqu’il est désactivé.
En septembre 1959, de nouveaux amortisseurs télescopiques, plus modernes, font leur apparition. (découvrir nos pièces pour l’amortissement)
Le mois suivant, on assiste à une petite révolution avec la présentation de la version Diesel, motorisée par un 4 cylindres 1 816 cm³ Indénor de 48 ch. C’est la première voiture française diesel de série. Un événement quand on connaît la place qu’aura le diesel quelques décennies plus tard.
Le déclin : place à la Peugeot 404
En 1960, la gamme s’apprête à prendre un tournant avec l’arrêt de la Peugeot 203 et la présentation de la Peugeot 404. Le constructeur réorganise alors l’offre avec une nouvelle version 7 CV qui propose le moteur 1290 cm³ de la 203, associé à une culasse de 403 pour atteindre 54 ch. On la reconnaît à sa calandre grillagée simplifiée.
La version 8 CV voit sa puissance portée à 65 ch et une nouvelle boîte de vitesses est proposée.
En septembre 1962, les amortisseurs de la Peugeot 404 sont adoptés. Ensuite, c’est le début de la fin pour la Peugeot 403, qui ajuste ici et là des détails de finition. On découvre une nouvelle calandre à barrettes verticales pour les modèles 1963, des garnitures en tissu à carreaux pour les modèles 1964, ainsi qu’une planche de bord peinte en noir au lieu du gris habituel.
Entre-temps, la gamme s’est réduite pour laisser place aux nouvelles versions de la Peugeot 404. Le cabriolet est arrêté en juillet 1961 après un échec commercial : seulement 2 050 exemplaires seront produits.
Les versions break s’arrêtent en septembre 1962, et la berline en juillet 1965 pour les particuliers en France. Elle subsistera pour l’export et les collectivités jusqu’à fin 1966.
Seules les versions plateau et camionnettes resteront au catalogue jusqu’en avril 1967.


Dans la culture populaire : sportive et star de télé malgré elle
Brillante en tant que berline moyenne, fiable et utilitaire, elle n’a jamais joué un grand rôle sur le plan sportif. Elle gagne tout de même quelques rallyes régionaux, comme celui de Finlande en 1955 avec Eino Ela. La même année, elle s’illustre au Rallye du Maroc avec Jean Deschazeaux, au Rallye d’Automne avec le couple Baillou et Triou.
Elle finit première du Tour d’Australie en 1956, puis se contente de quelques premières places dans sa catégorie au Rallye des Neiges Pures en 1957, 1958 et 1959, ainsi qu’au Rallye East African Safari en 1957.
Elle joue malgré elle un rôle important à la télé en devenant la voiture principale de l’inspecteur Columbo dès 1971. La Peugeot 403 Cabriolet conduite par Peter Falk est une curiosité outre-Atlantique et un mystère plane quant aux raisons de sa présence dans la série télévisée. Choix personnel ? Hasard ? Même la marque ne sait pas, si ce n’est qu’elle avait refusé d’envoyer d’autres modèles qui allaient être dégradés pour les besoins de la série.

Bilan : la Peugeot 403 établit les fondamentaux de la marque
Si la révolutionnaire Citroën DS aurait pu compromettre son succès, il en a été autrement. Son côté traditionnel et sa robustesse en feront un choix judicieux pour de nombreux Français, mais également pour les taxis et les pouvoirs publics qui l’adopteront pour les administrations, la Gendarmerie et l’armée.
Avec ses lignes élégantes et ses motorisations robustes, elle posera les bases des Peugeot de la deuxième partie du XXᵉ siècle.
Les 1 196 959 exemplaires en font un véritable succès et elle devient la première Peugeot à dépasser le million. Une voiture qui symbolise toute une époque et qui est très intéressante en collection. Sa mécanique simple, fiable et accessible permet de rouler sereinement, d’autant plus qu’on retrouve facilement les pièces détachées pour Peugeot 403.
Joyeux anniversaire.




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