Il y a 60 ans, Peugeot lançait une petite 6 CV révolutionnaire qui allait bouleverser l’histoire de la marque. Grâce à elle, le constructeur de Sochaux passa du 4 au 2 rang des constructeurs français en seulement quelques années. Véritable rupture technologique et stylistique, la Peugeot 204 redéfinit le segment et amorça la diversification de la gamme Peugeot. Retour sur l’histoire de cette icône populaire.

 

La genèse du projet D10

Depuis la fin de la guerre, Peugeot vit sur la culture du mono-modèle, orientée par le plan Pons. Les voitures sont réussies, elles plaisent à une certaine frange bourgeoise de la population, mais elles ne garantissent pas des volumes suffisants. Ces grandes berlines au-dessus de 7 CV sont éloignées du cœur du marché : les deux tiers des voitures vendues sont en dessous de 6 CV. Peugeot n’est alors que le 4 constructeur français, derrière Renault, Citroën et Simca.

Le développement d’une berline moyenne, 6 CV, est alors dans les tuyaux. Dès la fin des années 1950, dans les studios de design de La Garenne-Colombes, les équipes récentes de Paul Bouvot planchent sur une plus petite familiale. Grâce aux documents de Car Design Archives, on remarque qu’une ligne en Z a été imaginée — avant même la sortie de l’Ami 6 en 1961 — reprenant le même thème.

Les ébauches se multiplient et Pininfarina est consulté pour ce nouveau projet D10. Le thème principal est défini par le carrossier italien, qui le reprendra d’ailleurs sur le concept Cadillac Jacqueline, mais les équipes internes apporteront de nombreuses modifications, comme en témoignent les nombreux croquis. Il ne fallait pas trop bousculer la clientèle conservatrice. Une silhouette tricorps est alors choisie, avec des lignes fluides et modernes. La calandre, fusionnant avec les phares, est inédite et inspirera les faces avant de nombreux modèles suivants — un trait repris d’ailleurs sur les Peugeot modernes.

Après les premières photos volées en décembre 1964, la Peugeot 204 est présentée en grandes pompes le 23 avril 1965 au Palais des Sports à Paris.

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Des innovations techniques

La première traction Peugeot

C’est en regardant la fiche technique de la Peugeot 204 qu’on s’aperçoit à quel point elle est révolutionnaire pour la marque. Elle cumule les premières dans l’histoire de Peugeot :

Avec une telle conception, les ingénieurs ont pu dégager un espace intérieur généreux tout en conservant un format compact (3 990 mm de longueur, 1 560 mm de largeur et 1 400 mm de hauteur), idéal pour la circulation urbaine exigeante des années 1960 et 1970.

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Un nouveau moteur

Cette compacité est rendue possible grâce à la conception novatrice du moteur. Baptisé XK, ce nouveau 4 cylindres de 1 130 cm³, super-carré, est entièrement réalisé en aluminium.

Il bénéficie de technologies modernes comme un arbre à cames en tête en acier forgé et un ventilateur électromagnétique débrayable automatique (brevet Peugeot) sur la Berline et le Break Grand Luxe (voir la pompe à eau dédiée).

La boîte de vitesses est placée sous le bloc, comme sur les Mini. Le différentiel est monté dans un carter commun, lubrifié par la même huile que le moteur.

Résultat : le petit 4 cylindres délivre 53 ch pour une vitesse de pointe de 138 km/h. Comparée à la concurrence, la petite Peugeot populaire se montre très dynamique, sans toutefois prétendre au statut de véritable sportive.
Le succès est immédiat, bien aidé par les nombreuses évolutions à venir.

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La riche carrière de la Peugeot 204

L’élargissement de la gamme : break, fourgon, coupé et cabriolet

Dès le Salon de Paris 1965, la déclinaison break (code D12) est présentée. La Peugeot 204 Break reprend le même empattement que la berline, avec pour principale différence l’ajout d’un hayon. Elle offre jusqu’à 1,48 m³ de chargement, un atout majeur qui séduit rapidement de nombreuses familles.

En septembre 1966, Peugeot élargit sa clientèle et vise les jeunes cadres dynamiques avec l’arrivée des 204 Coupé et Cabriolet (D15 et D11). Leur style, entièrement pensé en interne, inaugure de nouveaux feux arrière plus grands, qui seront ensuite généralisés à toute la gamme. L’empattement est réduit de 29 cm, la suspension abaissée, et un troisième compteur fait son apparition (voir nos pièces détachées).

La ligne fastback du coupé charme immédiatement, tandis que le cabriolet, notamment dans sa teinte rouge, évoque irrésistiblement un air de dolce vita.

Dans le même temps, Peugeot dévoile la version fourgonnette dérivée du break, qui séduit rapidement les commerçants et artisans des centres-villes grâce à sa praticité et son gabarit compact.

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Les évolutions de la gamme Peugeot 204

Produite jusqu’en 1976, la Peugeot 204 a connu de nombreuses évolutions techniques et esthétiques tout au long de sa carrière.

Au Salon de Paris 1967, une grande nouveauté fait son apparition : la motorisation diesel sur la version Break. Le 4 cylindres Indenor de 1 255 cm³ (40 ch DIN) devient alors le plus petit moteur diesel jamais monté sur une voiture de série. Conçu sur la base du moteur essence, il se révèle toutefois un peu fragile, souffrant notamment de problèmes de culasse et de fissuration.

L’année suivante, au Salon 1968, les coupé et cabriolet adoptent de plus gros pneumatiques pour une meilleure adhérence, tandis que toute la gamme bénéficie de nouveaux pare-chocs avec bandeau caoutchouc, d’un nouveau volant et de barres antiroulis.

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En 1969, le moteur essence évolue : il reçoit un nouveau carburateur et une culasse redessinée, portant sa puissance à 55 ch (code XK4).
Cette même année, Peugeot présente une nouvelle venue : la Peugeot 304, dérivée de la 204 mais dotée d’une face avant et arrière modernisées et de moteurs plus puissants.

En avril 1970, les coupés et cabriolets 204 cèdent donc leur place à leurs homologues 304, après une production de 42 756 coupés et 18 181 cabriolets.

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Au Salon de Paris 1970, la dynamo est remplacée par un alternateur, et l’habitacle est modernisé grâce aux panneaux de portes empruntés à la 304.


En 1971, la 204 fait parler d’elle sur circuit : elle participe au Tour de France Automobile en catégorie 3GT et se classe 49.
En septembre, la face avant est revue et arbore le nouveau lion doré en lieu et place de l’écusson traditionnel (voir Histoire d’un logo : le lion Peugeot).

« Je m'en souviens comme si c'était hier ! En 1971, j'étais présent le temps d'une journée au Tour de France Automobile. Quelle fierté de voir la Peugeot 204 se classer 49 ! C'est là que j'ai compris la valeur d'une mécanique irréprochableRoger

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En 1973, la 204 reçoit de nouveaux feux arrière plus longs et un moteur diesel amélioré, le XL4D (1 357 cm³, 45 ch), qui corrige les faiblesses du précédent. Il sera proposé pour la première fois sur la berline en 1974.
Cette même année, la Peugeot 204 Proto Diesel établit huit records du monde d’endurance (Catégorie A3 Groupe 3) sur l’Autodrome de Linas-Montlhéry, pilotée par Jean Guichet, Jean Todt et Hannu Mikkola.

Les dernières séries adoptent en série des ceintures à enrouleur automatique, une innovation signée René Pouget et brevetée par PSA — un dispositif encore utilisé aujourd’hui. La lunette arrière chauffante devient également de série, et un dernier moteur essence fait son apparition : le XK5 (1 127 cm³, 59 ch).

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En juin 1976, la production des fourgonnettes cesse après 37 994 exemplaires, suivie en juillet par la berline (1 020 029 exemplaires) et le break (485 336 exemplaires). Ainsi s’achève la carrière d’une petite lionne qui aura marqué l’histoire de Peugeot.

Bilan : le renouveau de Peugeot

Avec plus d’1,5 million d’exemplaires produits, la Peugeot 204 a propulsé la marque dans une nouvelle dimension, aussi bien en termes de volume — en permettant à Peugeot de devenir le deuxième constructeur français — qu’en termes d’image, grâce à un rajeunissement sensible rendu possible par les qualités dynamiques et la modernité technique du modèle.

Elle a caracolé en tête des ventes en France entre 1969 et 1971, consacrant ainsi son succès populaire.
Aujourd’hui, c’est une belle réussite de l’histoire automobile française, encore accessible en collection : les versions berline et break se trouvent à des prix raisonnables, tandis que les coupés et cabriolets, plus rares, se négocient entre 10 000 et 15 000 €.

Avec sa conduite facile, sa faible consommation et son gabarit compact, la Peugeot 204 reste une porte d’entrée idéale dans l’univers des voitures populaires françaises de collection.

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